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Rencontre avec Valérie Mangin, scénariste de La Vieille Anglaise et le Continent

08/08
Rencontre avec Valérie Mangin, scénariste de La Vieille Anglaise et le Continent
Vous publiez peu d’adaptations de romans en bande dessinée. Pourquoi alors avoir accepté de vous pencher sur ce récit de Jeanne-A. Debats ?
J’ai effectivement adapté Rayons pour Sidar, de Stefan Wul, ainsi que, plus récemment, Pour que respire le désert, dans la collection « Les Futurs de Liu Cixin ». Pour autant, j’avais décidé de ne plus faire d’adaptation, car cela empiète sur mes projets personnels. Le temps étant limité, il faut faire des choix. Toutefois, dans le cas de La Vieille Anglaise et le Continent, comme il s’agit d’un roman que j’ai beaucoup aimé, et que la proposition émanait de Christophe Arleston (directeur de Drakoo), j’ai fait une exception. En plus, Jeanne-A. Debats est une amie de longue date. Nous nous connaissons d’ailleurs tous les trois depuis très longtemps. C’était donc aussi l’occasion de faire un projet tous ensemble.
 
Cette intimité a-t-elle facilité les choses ?
C’était surtout très agréable de bien connaître Jeanne, et de pouvoir directement travailler avec elle. Je n’avais pas eu de contact avec Stefan Wul, qui est mort, mais pas non plus avec Liu Cixin. Pour cette adaptation, les rapports étaient totalement différents. Jeanne-A. Debats m’a fait confiance. Elle a préféré ne pas intervenir dans mon travail. Nous lui avons envoyé les pages par paquets, qu’elle a validées au fur et à mesure. Mais elle n’a pas été très intrusive. Et je crois qu’elle est contente du résultat ! J’adhère aux mêmes convictions écologistes et féministes qu’elle, donc je suis restée très fidèle au roman. Je n’ai pas eu de changements majeurs à apporter, comme cela avait pu être le cas sur le livre de Stefan Wul.
 
Quelle place tient ce roman de Jeanne-A. Debats dans votre vie de lectrice ?
C’est certainement celui que je préfère. Je dirais même que c’est l’un de mes romans favoris en science-fiction française. La Vieille Anglaise et le Continent est l’un des premiers véritables romans féministes et écologistes que j’ai eu l’occasion de lire. Il m’a beaucoup marquée : son interrogation sur le changement de genre, le caractère de son héroïne, son engagement féminin... Ce livre a en partie changé la vision que j’avais de la société ; en tout cas sur la place que les femmes y occupent. Après la génération de ma mère – qui était et est toujours féministe – et qui avait obtenu en gros la pilule, l’avortement..., on avait l’impression que tout était réglé. Or, La Vieille Anglaise et le Continent rappelait que la lutte était loin d’être terminée. Le livre a d’ailleurs connu un excellent accueil critique et public. Il a été un choc pour toute une génération de lecteurs et surtout de lectrices de sciencefiction.
 
Comment qualifieriez-vous ce roman ?
Pour moi, c’est avant tout un roman sur l’engagement. Qu’il soit féministe ou écologiste. Jusqu’où peut-on aller pour défendre ses idées ? Qu’est-on prêt à faire pour un idéal ? Je crois que c’est la grande question de ce livre. De mon point de vue, féminisme et écologisme sont liés. C’est un engagement global. Ce sont des questions qui sont très actuelles, notamment après la dissolution des Soulèvements de la Terre. Peut-on taxer d’écoterroristes des militants très engagés ? Quand on pense « terrorisme », on pense au 11 septembre, au Bataclan... Les Soulèvements de la Terre n’ont jamais menacé physiquement personne, n’ont jamais tué personne. C’est un mouvement globalement très pacifique. Leur interdiction risque de pousser les militants les plus radicaux vers la violence... Car quand tout est bouché, il ne reste plus que la violence. Reste à savoir si l’on est prêt et si l’on doit franchir cette limite. Je n’ai pas la réponse.
 
C’est en tout cas le choix que fait Ann, l’héroïne de La Vielle Anglaise et le Continent...
Elle a un passif de militante radicale, puisqu’elle a participé, de près ou de loin, à des attentats. Mais ce qui la rend sympathique, c’est le sacrifice de soi. Ce qu’elle accepte de faire est tout de même extrême, à savoir projeter son esprit dans le corps d’un cachalot. Psychologiquement, c’est le sacrifice ultime. D’autant qu’elle sait qu’une fin rapide et inéluctable l’attend...
 
Comment Stefano Martino est-il arrivé sur ce projet ?
Ce livre a du sens, et il ne fallait pas passer à côté de cela. Pour autant, il ne fallait surtout pas sacrifier au fond l’aspect graphique, le côté proprement artistique. Je voulais aussi faire un beau livre. Nous devions soigner le graphisme, la mise en scène, le découpage, les recherches de personnages... C’est là que le fait de travailler avec Stefano a été très important. C’est un grand professionnel. Ensemble, nous sommes allés vers un dessin comportant beaucoup de hachures. On est proche de la gravure par moments. Tout cela a été pensé pour combiner à la fois le fond et la forme. La bande dessinée est un média riche. Il serait dommage de ne pas essayer d’avoir les deux.

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