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Rencontre avec Mara, autrice de la série steampunk Spirite !

26/04
À l'occasion de la sortie du tome 2 de la série Spirite, découvrez l'interview de la créatrice Mara ! 
 
MARA : Née le 9 juillet 1983, Margaux Kindhauser, alias Mara, est dessinatrice, scénariste et coloriste depuis 2008. Elle vit et travaille actuellement à Lausanne, en Suisse. Autodidacte passionnée de cinéma et d’animation, elle sort sa première série d’enquête victorienne en quatre tomes en tant qu’autrice complète, CLUES, aux éditions Akileos, de 2008 à 2015. Entre deux tomes, en 2013, elle sort un sketchbook qui regroupe ses recherches et croquis aux éditions Comix Buro/Attakus. En 2016, elle enchaîne sur le tome 6 de la série DÉTECTIVES, scénarisée par Herik Hanna, en tant que dessinatrice. Début 2017, elle présente un nouveau projet de série historique et fantastique prévue en quatre tomes, SPIRITE, rapidement repéré par les éditions Bamboo et sa nouvelle collection Drakoo. Sous la houlette du directeur de collection Christophe Arleston, elle entame son tome 1 en 2018, dont la sortie est prévue à l’automne 2019. En parallèle, Mara donne des cours de character design au sein de l’école d’arts visuels Ceruleum à Lausanne, et alimente régulièrement les réseaux sociaux avec ses illustrations et croquis personnels.
 
Peux-tu nous parler des niveaux de fantômes qui existent dans ton album ?
D’où t’est venue l’idée ? L’idée d’une classification des fantômes m’est venue assez rapidement, et n’est pas vraiment nouvelle, puisqu’elle apparaît dans plusieurs œuvres de fiction, comme Ghostbusters par exemple. Dans la plupart des récits concernant les fantômes, on nous les présente sous toutes sortes de formes : des poltergeists violents mais invisibles, des entités ectoplasmiques ressemblant à des volutes de fumée, ou encore des fantômes avec une silhouette bien définie. J’ai donc créé un système pour les catégoriser, basé à la fois sur leur apparence (invisible ou visible), sur leur capacité à influer sur leur environnement, et sur les interactions possibles avec. Je me suis inspirée des systèmes de classification en biologie, car j’ai choisi de traiter les fantômes comme s’il s’agissait d’une nouvelle espèce vivante que l’on chercherait à comprendre, à étudier et à hiérarchiser
 
As-tu effectué des recherches sur la spiritologie ? Es-tu sensible à cette science et aux fantômes ?
Ma toute première envie, la pierre angulaire de mon récit, était de mêler science et fantômes, deux sujets que j’apprécie beaucoup. Sans y croire vraiment, j’ai toujours adoré les histoires de fantômes depuis mon enfance. J’ai grandi avec X-Files, Histoires fantastiques, Les Contes de la crypte ou encore Fais-moi peur, et mon père était passionné par l’occulte et le paranormal. Du coup c’est un sujet que j’ai pas mal épluché, à la fois à travers la fiction et les récits de soi-disant témoins. J’ai effectué quelques recherches sur le spiritisme (notamment à travers l’essai L’Histoire du spiritisme d’Arthur Conan Doyle, le papa de Sherlock Holmes, qui s’est beaucoup penché sur le paranormal). Je suis aussi fascinée par les sciences et la physique, plus particulièrement la physique nucléaire et quantique, dont certains aspects ont eu une influence non négligeable sur mon scénario.
 
Qu’en est-il de la spiritologie dans Spirite ?
La spiritologie telle qu’elle apparaît dans l’album est en réalité le produit de ma propre « tambouille », dans laquelle j’ai incorporé des éléments assez basiques et revisités de la physique et de diverses croyances populaires sur les fantômes, tout en évitant un quelconque discours ésotérique ou religieux. J’ai donc développé une version personnelle et facile à comprendre de cette « science ».
 
Tu as opté pour une mise en scène des fantômes différente de ce qu’on a l’habitude de voir ?
Spirite se déroule dans un univers proche du nôtre où les fantômes existent (même si peu de gens y croient, au final). On peut donc se poser des tas de questions sur eux : de quoi sont-ils faits ? Comment peuvent-ils exister ? Quelles sont les conditions favorables pour que quelqu’un devienne un fantôme ? Etc. Contrairement à ce que l’on retrouve dans la plupart des ouvrages qui mettent en scène des fantômes, j’ai choisi de ne pas me servir de l’approche habituelle de l’horreur et de la peur. J’ai préféré établir l’univers du paranormal à travers le prisme de la science, de l’étude, de la compréhension et même de l’empathie. Le personnage principal, Ian, n’est pas un « chasseur de fantômes », mais plutôt un naturaliste qui cherche à cataloguer et comprendre les fantômes.
 
Pour quelles raisons avoir choisi le contexte des années 30 pour implanter une histoire de fantômes ?
La toute première version du scénario, qui date de l’automne 2014, se déroulait dans les années 1890, au sein d’un institut qui formait des chasseurs de fantômes, dirigé par un prêtre malsain versé dans les sciences occultes. Puis j’ai eu une soudaine envie de faire du space opera (merci Star Wars…) et j’ai essayé, assez désespérément, de caser mes idées dans ce type de contexte. Il m’a fallu des mois d’écriture laborieuse et un gros déclic pour me rendre compte que ça ne marchait pas du tout.
 
Quel a été ce déclic ?
En décembre 2016, j’ai vu Les Animaux fantastiques au cinéma, et là tout s’est débloqué d’un coup. Deux choses étonnantes se sont passées en l’espace de quelques jours : j’ai créé le personnage principal de Ian Davenport, jeune scientifique passionné et timide, qui s’est imposé d’un coup dans l’histoire comme une évidence. Après avoir raconté l’émancipation d’une jeune détective dans le Scotland Yards des années 1890 avec ma première série Clues, j’avais désormais très envie de raconter une histoire avec un personnage masculin qui se distingue d’un héros habituel par son empathie plutôt que par une forte virilité. J’ai toujours beaucoup aimé les rares œuvres qui mettent en scène ce genre de personnage (je pense notamment aux Hobbits dans Le Seigneur des anneaux ou au naturaliste Stephen Maturin dans Master and Commander) et il était temps que j’en propose ma propre version.
 
Pourquoi New York ?
J’ai choisi le contexte du New York des années 1930 car le passé historique récent (1880-1960) reste mon contexte préféré pour dessiner et écrire, et c’est une ville que j’adore. Les ressemblances avec Les Animaux fantastiques s’arrêtent là, mais ce film m’a permis de débloquer toute mon histoire en moins de deux semaines.
 
Parle-nous de l’influence de l’animation 2D sur ton dessin.
L’animation traditionnelle en 2D est une de mes plus anciennes passions. J’ai appris à dessiner en recopiant les croquis et recherches vus dans les artbooks qui accompagnaient les sorties annuelles de la plupart des grands dessins animés des années 1990-2000. Anastasia, tout comme Le Bossu de Notre-Dame, Mulan ou encore Atlantide, ont eu une énorme influence sur mon style. Ce que j’en retiens principalement, ce sont les expressions des personnages, et leur langage corporel, aspect que je travaille le plus dans mon dessin grâce à un trait aussi souple et spontané que possible.
 
Comment as-tu fait pour retranscrire ta passion pour l’animation 2D en BD ?
En 2001, j’ai découvert que la BD franco-belge ne s’arrêtait pas à Tintin, Astérix ou Gaston Lagaffe. À l’époque, le style « animation 2D » commençait juste à apparaître sur le marché, et des BD comme Sky-Doll ou Blacksad ont beaucoup contribué à la construction de mon style, mais m’ont aussi pas mal inspirée au niveau de la narration. On me dit souvent que j’ai un découpage cinématographique, et c’est tout à fait voulu. Étant une grande cinéphile, j’ai envie qu’on ait l’impression de voir un film en lisant mes BD.
 
Quelles ont été tes influences cinématographiques pour l’écriture de Spirite ?
Au niveau du scénario, j’avais envie d’écrire une série qui fleure bon le cinéma populaire des années 1980-1990, cet âge d’or qui a vu apparaître des films comme Retour vers le futur, Ghostbusters, Indiana Jones ou encore Men in Black, avec cette touche de pulp, d’aventure, d’humour et de fantastique si particulière, tout en proposant des personnages bien caractérisés, expressifs, attachants et modernes.

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